SEDES SAPIENTIAE
Pornic / Loire-Atlantique, France
Seconde moitié du XIIe siècle
Sculpté dans du noyer
Traces de peinture polychrome
Hauteur 61 cm
Bibliographie :
Publié dans « THE STUDIO »
Octobre 1927, page 22
La Vierge intronisée – Sedes Sapientiae
France, Bretagne
Fin du XIIe siècle
Sculpture sur bois présentant des traces de peinture polychrome
Hauteur 61 cm
Provenance : probablement Pornic, en Bretagne historique ; au plus tard en 1927, collection du Dr John E. Stillwell, New York
La Vierge trônante, avec l'Enfant Jésus assis face à elle sur ses genoux, appartient au type iconographique médiéval de la *Sedes Sapientiae*, le « Trône de la Sagesse ». Cette expression repose sur l'idée que Marie ne se contente pas de siéger sur un trône, mais qu'elle constitue elle-même le trône du Verbe divin fait chair. Le Christ apparaît comme l'incarnation de la sagesse divine. Ce type iconographique établit ainsi un lien entre la vénération de Marie et la doctrine chrétienne fondamentale de l'Incarnation. Ces représentations de la Vierge trônant se sont particulièrement répandues dans les églises d'Europe occidentale et centrale au XIIe siècle. Leur impact tient à leur composition frontale rigoureuse, à leur symétrie et à leur ordre hiérarchique. Marie apparaît comme la Mère de Dieu et la Reine du Ciel, tandis que le Christ est représenté comme un petit souverain et un maître. Ce type iconographique était particulièrement en vogue au XIIe siècle.
Description
Marie est assise, le dos bien droit et dans une posture digne, sur un large trône aux lignes épurées. Le trône rassemble l'ensemble en une composition harmonieuse, et son unité architecturale renforce l'aspect monumental de la Mère de Dieu.
Une large couronne orne la tête de Marie, la désignant comme la Reine du Ciel. En dessous, un voile épais épouse parfaitement la forme de sa tête et tombe sur son cou et ses épaules. Ses cheveux dépassent légèrement de son front, apportant une touche de vivacité à son apparence par ailleurs austère. Son visage allongé se caractérise par des sourcils arqués, des yeux en amande, un nez droit et une petite bouche. Son expression impassible vise à transmettre un sentiment de dignité intemporelle.
Marie porte une longue robe et, par-dessus, une lourde cape fermée sur la poitrine par un grand fermoir rond. Les panneaux de tissu sont représentés à plat et en deux dimensions. À ses côtés, Marie semble tenir l'ourlet de sa robe de la main gauche, qui est représentée comme étant disproportionnellement grande. Deux pans de tissu parallèles, disposés symétriquement, s'étendent verticalement sur le bas de son corps, soulignant ainsi son orientation vers l'avant. Entre ses genoux, la robe tombe en longs pans droits ; et au-dessus de ses pieds, elle s'évasent en plis souples, presque pâteux, disposés en éventail. Les chaussures qui dépassent sous le tissu et les ourlets de la cape qui s'étendent vers le bas sur les côtés forment une conclusion à la structure rythmée.
L'Enfant Jésus trône au centre des genoux de Marie. Sa position strictement axiale est caractéristique du type *Sedes Sapientiae* : il constitue le centre spirituel et compositionnel de l'ensemble du tableau. Marie apparaît donc littéralement comme son trône. Le Christ, lui aussi, porte une longue robe et une haute couronne, d'où dépassent ses cheveux courts. De la main gauche, il serre contre sa poitrine un codex fermé. On peut généralement y voir un symbole de la Parole divine et des enseignements du Christ. Il se peut que sa main droite ait été initialement levée en signe de bénédiction. Les pieds, qui pendent à la verticale, prolongent l'axe central vertical de la composition jusqu'au socle.
La mère et l'enfant sont tous deux tournés directement vers le spectateur. Il n'y a ni contact visuel ni interaction narrative entre eux. C'est plutôt par la superposition rigoureuse des figures et par la silhouette homogène du groupe que s'exprime leur lien. Marie présente le Christ comme le Logos incarné, tandis que sa couronne et son livre l'identifient à la fois comme roi et comme maître.
Le dos est plat. Cela laisse supposer que la sculpture était destinée à être exposée principalement de face, peut-être devant un mur, dans un sanctuaire ou sur un autel. Des traces d'une ancienne peinture polychrome ont été conservées à la surface. En particulier, l'or des couronnes et le vert du socle laissent supposer que la statue présentait à l'origine un effet chromatique saisissant.
Origines historiques et premières sources documentaires
Au dos figure une étiquette historique indiquant qu'il provient de Pornic. Cette ville portuaire est située dans le Pays de Retz, à la limite sud de la Bretagne historique, et fait désormais partie du département de la Loire-Atlantique. Le terme « Basse-Bretagne » utilisé sur l'étiquette en anglais est géographiquement imprécis, car Pornic est généralement considéré comme faisant partie de la Haute-Bretagne ou comme la porte d'entrée sud de la Bretagne. Il convient sans doute de le considérer comme un terme ancien et générique désignant une origine liée à la région bretonne.
La note ne mentionne pas d'église en particulier, mais elle évoque deux édifices religieux historiques comme anciens emplacements possibles : d'une part, l'église de la Ville-Haute, qui existe depuis le Xe siècle et qui a précédé l'église Saint-Gilles, et d'autre part, l'église abbatiale romane Sainte-Marie, construite au XIIe siècle. Le fait qu'elle soit dédiée à la Vierge Marie et le chevauchement chronologique avec la construction de l'église romane font du contexte de l'abbaye un élément particulièrement digne d'intérêt.
Les premières photographies de la sculpture revêtent une importance particulière. En octobre 1927, elle a été présentée dans l'article de Malcolm Vaughan intitulé « A Collection of Rare Gothic Wood-Carvings » (Une collection de sculptures sur bois gothiques rares), paru dans la revue *International Studio*, associée à *The Connoisseur*. À l'époque, cette œuvre faisait partie de la collection new-yorkaise du Dr John E. Stillwell et était présentée comme la plus ancienne sculpture française sur bois de cette collection. Cette publication de 1927 mettait déjà en évidence la place centrale occupée par l'enfant, les couronnes portées par la mère et le fils, le codex serré contre la poitrine, ainsi que les vestiges de la peinture d'origine. Cette publication confirme que cette œuvre fait partie d'une importante collection américaine ancienne de sculptures médiévales sur bois.
Classification et comparaison
Cette Vierge s'inscrit dans la tradition des sculptures romanes françaises représentant la *Sedes Sapientiae*. Pour des comparaisons iconographiques et compositionnelles, voir la *Vierge en Majesté...
Catégorie
15e siècle et avant, Sculptures - Figuratif